Mardi, 26 mars 2019 21:45:28

En France, le cardinal Philippe Barbarin a été condamné jeudi 7 mars par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour la non-dénonciation des agressions pédophiles d'un prêtre de son diocèse. Quelques heures après le verdict, le haut responsable de l'Eglise a annoncé qu'il allait remettre sa démission au pape.

La justice française a reconnu coupable le cardinal Barbarin de non-dénonciation d'agressions pédophiles d'un prêtre de son diocèse, le condamnant à six mois de prison avec sursis. En l'absence du cardinal, la présidente du tribunal correctionnel de Lyon, Brigitte Verney, l'a « déclaré coupable de non-dénonciation de mauvais traitements » envers un mineur entre 2014 et 2015.

Les avocats du cardinal Barbarin ont annoncé dans la foulée qu'ils allaient faire appel de la condamnation. « La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utiles », a indiqué Jean-Félix Luciani, en relevant qu'il « était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression avec des documentaires, un film... Ça pose de vraies questions sur le respect de la justice ».

Quelques heures après le verdict, le cardinal Barbarin a annoncé qu'il allait remettre sa démission au pape. « J'ai décidé d'aller voir le Saint-Père pour lui remettre ma démission. Il me recevra dans quelques jours », a-t-il indiqué devant la presse, après avoir dit « prendre acte de la décision du tribunal ». L'archevêque de Lyon ajoute enfin : « Indépendamment de mon sort personnel, je tiens à redire toute ma compassion pour les victimes ».

Pour les cinq autres prévenus, le tribunal a considéré que les faits étaient, selon les cas, soit pas constitués soit prescrits et n'a donc pas prononcé de condamnation à leur encontre. 

« Un symbole extraordinaire »

« Le souffle donné dans cette audience a eu des conséquences », a estimé Yves Sauvayre, l'un des avocats des parties civiles. « La responsabilité et la culpabilité du cardinal ont été consacrés par ce jugement. C'est un symbole extraordinaire. Une grande émotion historique ».

L’un des plaignants, François Devaux, a rapidement salué « une grande victoire pour la protection de l'enfance ». « Cette victoire envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et leur permet de comprendre qu'elles sont entendues, écoutées et reconnues », a ajouté le cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée, estimant qu'il s'agissait de « l'aboutissement d'un long parcours pour qu'émerge une prise de conscience ». Dans le même temps, il estime que la démission du cardinal « arrive trop tard pour l'Eglise ». Il se questionne ensuite, ajoutant : « Fallait-il aller aussi loin pour prendre une telle décision ? »

Lors du début de l'affaire en 2016, le cardinal Barbarin avait déjà proposé sa démission au pape. Ce dernier avait alors écarté cette démission, en attendant une décision de justice.

Avec RFI