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LE PRÉSIDENT DÉCRIT LA SITUATION EN SYRIE COMME FAITE “DE SABLE ET DE MORT”

Trump: l’Iran “peut faire ce qu’il veut” en Syrie

Le président américain a déclaré que Téhéran, sous la pression de sanctions, “retire ses hommes” des pays où il est présent et “cherche seulement à survivre”

Un jour après que Netanyahu et Pompeo ont discuté “de la manière d’intensifier encore la coopération américano-israélienne en matière de renseignement et d’opérations en Syrie”, le président américain semble (à nouveau) changer de cap sur ce pays déchiré par la guerre…

Le président américain Donald Trump a donné cette impression de changement de cap sur la Syrie mercredi, en déclarant qu’il n’interviendrait dans aucune activité iraniennedans le pays une fois que les troupes américaines seraient parties.

 

Par ailleurs, sur place, les commandants américains, qui prévoient le retrait des États-Unis, recommandent que les combattants des YPG combattant l’État islamique, soient autorisés à conserver les armes fournies par les États-Unis, selon des responsables américains.

Cette proposition risquerait de mettre en colère la Turquie, où le conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, devrait avoir des entretiens cette semaine. Il doit aussi passer par Jérusalem et on espère avoir quelques éclaircissements alors, sur les propos sibyllins de Trump.

 

 

WASHINGTON – Le président américain Donald Trump a laissé mercredi à l’Iran le loisir de s’implanter davantage en Syrie, tout en affirmant que Téhéran ne cherchait plus à renforcer sa présence dans ce pays dévasté.

“Franchement, ils peuvent faire ce qu’ils veulent là-bas”, a-t-il déclaré à la presse, évoquant les forces iraniennes.

Les commentaires de Trump interviennent deux semaines après qu’il ait bouleversé Jérusalem en annonçant qu’il retirerait toutes les troupes américaines de Syrie. Les soldats américains dirigeaient, jusqu’à présent, la coalition contre le groupe terroriste État islamique, tout en aidant à contrecarrer l’implantation d’une infrastructure iranienne permanente dans ce pays déchiré par la guerre.

Israël a, à plusieurs reprises, averti ces dernières années que l’Iran cherche à établir une présence militaire en Syrie, où il se battait aux côtés de son supplétif libanais, le Hezbollah et la Russie, pour rétablir le régime du président syrien Bashar Assad.

Les responsables israéliens ont, également, averti que le vide laissé par l’Amérique ouvrirait la porte à la création, par Téhéran, d’un présumé “pont terrestre” reliant l’Iran à l’Irak et à la Syrie, puis au Liban et à la mer Méditerranée.

 

 

Au cours des dernières années, Israël a mené des centaines de frappes aériennes en Syrie contre des cibles liées à l’Iran.

Trump a, toutefois, déclaré mercredi que Téhéran, comme les Etats-Unis, serait en train de retirer ses forces de la Syrie.

“L’Iran n’est plus le pays qu’il était auparavant”, a-t-il déclaré. «L’Iran exfiltre ses hommes de Syrie. Franchement, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, mais en réalité, ils retirent leurs gens (leur personnel). Ils font aussi sortir leurs hommes du Yémen. L’Iran cherche seulement à survivre maintenant. ” [NDLR: Trump semble surtout vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, pour justifier son populisme isolationniste qui ne s’adresse plus, par Twitter, qu’à l’Amérique dite “profonde”].

Le président a poursuivi en affirmant qu’en se retirant de l’accord nucléaire avec l’Iran l’année dernière, Washington avait modifié le calcul de Téhéran et bloqué ses efforts pour déstabiliser et étendre son influence dans la région.

«L’Iran (pensait qu’il) allait tout prendre en main et détruire Israël tant qu’il y était. (Mais) L’Iran est un pays qui n’est plus du tout le même, à l’heure actuelle », a t-il déclaré, dans des commentaires parfois incohérents. «Ils subissent des émeutes chaque semaine dans toutes les régions du pays. J’adorerais négocier avec l’Iran … mais l’Iran est un pays très différent de ce qu’il était, en ce moment. “

La décision de Trump de retirer les 2 000 soldats américains de la Syrie a considérablement bouleversé son administration. Son secrétaire à la Défense, James Mattis, a démissionné suite à l’annonce de ce retrait.

 

Trump a présenté de manière critique la situation en Syrie mercredi, résumant la situation en deux mots – (la Syrie ne représente que  “sable et mort” – tout en restant vaguesur le moment choisi pour le retrait des troupes américaines.

«La Syrie a donc été perdue il y a longtemps. C’était perdu depuis longtemps. Et à part ça, je ne veux pas – on parle de sable et de mort (pour décrie ce qui reste du pays). C’est ce dont nous parlons », a déclaré Trump lors d’une réunion du cabinet. «Nous ne parlons pas  d'(d”un pays possédant) une grande richesse. Nous parlons de sable et de mort.

À propos du moment où les forces américaines quitteraient la Syrie, Trump a déclaré: “Je ne veux pas rester en Syrie pour toujours.”

Il a ajouté: “Je n’ai jamais dit que nous sortirons du jour au lendemain … Nous nous retirons … sur une (certaine) période de temps.” [Trump semble alors s’aligner sur les conditions renégociées par ses proches conseillers Pompeo et John Bolton, avec les dirigeants israéliens et arabes, ces derniers jours, en situation de Damage Control]

L’annonce par le président du retrait syrien est le premier sujet de discorde important entre Washington et Jérusalem depuis son entrée en fonction – le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’aurait supplié de repenser la décision – et a renforcé la perception qu’il considère les relations entre les Etats-Unis et Israël comme comme conditionnelles et avec lesquelles il peut transiger à volonté.

Mardi, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a déclaré à Netanyahu que le retrait prévu des forces terrestres américaines de la Syrie ne modifierait pas l’engagement de l’Amérique à lutter contre l’agression iranienne et à maintenir la sécurité d’Israël.

 

 

“La décision du président sur la Syrie ne change en rien ce à quoi travaille actuellement cette administration aux côtés d’Israël”, a déclaré Pompeo lors d’une conférence de presse conjointe avec Netanyahu, avant la tenue de discussions au Brésil.

Trump a déclaré la semaine dernière qu’il ne pensait pas que le retrait américain de ses troupes de Syrie mettrait Israël en danger, en renforçant le pouvoir de Téhéran chez l’un des voisins immédiats de l’État juif au nord (la Syrie).

«Eh bien, je ne le pense pas. J’ai parlé avec Bibi », a-t-il déclaré. «J’ai dit à Bibi. Et, vous savez, nous donnons à Israël 4,5 milliards de dollars par an. Et ils se défendent très bien, si vous jetez un coup d’œil… C’est comme ça.

Trump a imputé l’instabilité de la Syrie à la politique de son prédécesseur, Barack Obama, qui n’a pas attaqué Assad après que celui-ci a franchi la “ligne rouge” de l’utilisation des armes chimiques contre son propre peuple, fixée par l’ancien président américain.

«Vous ne pouvez pas proférer une menace et ne rien faire ensuite. La Syrie a donc été perdue il y a longtemps », a déclaré Trump. «À côté de cela, nous parlons de sable et de mort. Nous ne parlons pas de se battre pour acquérir une grande richesse. “

La déclaration de Trump, mercredi, était également significative, car il a été interrogé sur le calendrier du retrait syrien – et non sur le soutien ou pas aux Kurdes.

Trump a répondu à la question en disant: “Quelqu’un a parlé d’un retrait en quatre mois, mais ce n’est pas ce que j’ai dit” avant de continuer à critiquer la faible position de l’ancien président Barack Obama sur la Syrie, qui l’avait laissé dans une position difficile.

Trump aurait pu s’arrêter là, mais il a poursuivi en ajoutant : «Maintenant, les Kurdes, c’est (une question) très intéressante». Trump a fait tout son possible pour expliquer son engagement continu envers les Kurdes.

“La Turquie ne les aime pas”, a déclaré Trump. Mais “les autres si,” et il a conclu : “Nous voulons protéger les Kurdes.”

Dans des déclarations antérieures, Trump avait soutenu les Kurdes jusqu’au bout des ongles. En septembre, lors d’une conférence de presse à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, il les a qualifiés de “grands combattants. Je les aime beaucoup.”

S’adressant au chef du bureau du Kurdistan 24, Rahim Rashidi, sous le pseudonyme de «M. Kurd», avait alors ajouté Trump, «nous nous entendons très bien avec les Kurdes. Nous essayons de les aider beaucoup. “

Cependant, lors de la séance de mercredi au cabinet, Trump s’est également plaint: “Je n’aime pas le fait que [les Kurdes] vendent le peu de pétrole qu’ils ont à l’Iran, et nous leur avons demandé de ne pas le faire.”

Il n’était pas tout à fait clair si Trump faisait référence aux unités de protection du peuple kurde (YPG) en Syrie ou au gouvernement régional du Kurdistan (KRG) en Irak.

Le KRG dispose de quantités importantes de pétrole, et il ne peut pas s’agir d’une “petite quantité”, comme en parle Trump. Ce pétrole est expédié de la région du Kurdistan par un pipeline en direction de la Turquie.

En ce qui concerne les YPG, la géographie seule les empêche de vendre du pétrole à l’Iran, a déclaré une source kurde bien informée au Kurdistan 24. Théoriquement, un tel pétrole pourrait être acheminé de Turquie à l’Iran, mais Ankara “ne le permettra jamais”.

Cette source a permis à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), l’un des deux principaux partis en Irak, d’acheminer du pétrole en direction de l’Iran, mais c’est “très minime” et cela se fait par des acteurs indépendants et non les réseaux officiels. ”

Mercredi, Trump a clairement exprimé sa frustration face à la “guerre contre le terrorisme” qui a suivi les attaques du 11 septembre 2001.

Le président George W. Bush pensait que la guerre serait finie sous sa présidence, mais cela n’a pas été le cas. Obama, son successeur, a mis fin à une partie importante de cette guerre en 2011, à savoir sa présence en Irak, pour se retrouver contraint de revenir trois ans plus tard, l’État islamique s’emparant du tiers du pays.

Bien sûr, Trump est confronté à un dilemme similaire. S’il se retirait précipitamment de Syrie, il favoriserait le retour de l’État islamique qui commettrait d’autres atrocités majeures, le blâme qui s’ensuivrait retomberait sur lui, comme semble le réaliser avec une quasi-certitude Trump, malgré sa volonté de “sortir très vite” de Syrie. D’où un double-langage parfois difficile à suivre…

Les forces américaines qui se seront retirées du nord de la Syrie se dirigeront d’abord vers Irbil, au Kurdistan irakien, tandis que celles quittant l’est de la Syrie seront évacuées par la base militaire américaine d’Al-Asad dans l’ouest de l’Irak [où Trump s’est rendu il y a deux semaines]. C’est ce qui a été annoncé jeudi par les porte-parole de l’armée irakienne et kurde, sans référence à aucun échéancier.

Marc Brzustowski, pour JForum avec Agences de presse.

Les incohérences ou hésitations du discours laissent entrevoir que nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux revirements de Trump, plus ou moins recadrés par ses principaux conseillers Pompeo et Bolton… 

Avec Jforum