Mardi, 25 juin 2019 12:55:56

Ilhan Omar a dénoncé la semaine dernière le fait que certains lobbies et parlementaires encourageaient à faire «allégeance à un pays étranger».

Le Congrès américain vote jeudi sur une résolution démocrate condamnant «la haine», un texte né de débats houleux au sein du parti sur l'antisémitisme, provoqués par les propos d'une élue musulmane sur le soutien des États-Unis à Israël.

Après plusieurs jours de profonds questionnements et récriminations internes, les démocrates se sont finalement mis d'accord sur un texte qui condamne «l'antisémitisme, l'islamophobie et les suprémacistes blancs» à la Chambre des représentants, où ils sont majoritaires, a annoncé sa présidente démocrate, Nancy Pelosi.   

Sans mentionner la parlementaire démocrate en question, Ilhan Omar, le texte «condamne l'antisémitisme comme une expression odieuse d'intolérance contradictoire avec les valeurs et les aspirations qui définissent le peuple américain, et condamne les discriminations antimusulmanes, ainsi que l'intolérance contre toute minorité».  

Seule élue du Congrès à porter le voile islamique et l'une des deux premières femmes musulmanes à y siéger, Ilhan Omar a dénoncé la semaine dernière le fait que certains lobbies et parlementaires encourageaient à faire «allégeance à un pays étranger».   

Elle faisait référence à l'AIPAC, un puissant lobby pro-israélien aux États-Unis, et à Israël.

De nombreuses voix se sont immédiatement élevées contre des propos rappelant, selon elles, le stéréotype sur la «double allégeance» supposée des juifs, qui ne seraient pas «loyaux» au pays où ils vivent.  

D'autant plus qu'en février Ilhan Omar avait déjà provoqué un tollé en affirmant que l'AIPAC finançait «les responsables politiques américains pour être pro-Israël». Des propos piochant dans «la rhétorique antisémite de "l'argent juif"», avait notamment dénoncé un démocrate, Eliot Engel.  

L'élue de la Chambre des représentants s'était alors excusée «sans équivoque». Mais pas cette fois.

En réponse à la polémique, les chefs démocrates avaient prévu en début de semaine de soumettre au vote une résolution dénonçant exclusivement l'antisémitisme.

Mais des démocrates se sont indignés, y compris plusieurs candidats à la présidentielle de 2020, estimant qu'Ilhan Omar était particulièrement ciblée parce que femme, noire et musulmane.

Condamnant fermement l'antisémitisme, le sénateur Bernie Sanders, qui est juif, a défendu Ilhan Omar. «Nous ne devons pas faire d'amalgame entre l'antisémitisme et la critique légitime du gouvernement de droite de Nétanyahou en Israël», a-t-il écrit.  

Pas son «intention»

En annonçant le vote, Mme Pelosi a jugé qu'Ilhan Omar n'avait «peut-être pas apprécié la pleine portée» de ses propos. «Je ne pense toutefois pas que son intention était antisémite. Mais le fait est que cela a été interprété ainsi et que nous devons ôter tous les doutes».  

Sa décision d'élargir la résolution ne fait toutefois pas l'unanimité.  

«Lorsque l'une de nos collègues invoque des expressions classiques antisémites [...], cela doit être condamné», a lancé dans l'hémicycle un élu démocrate, Ted Deutch.

Et d'ajouter, ému, que ces mots «suggèrent que des juifs comme moi, membre du Congrès des États-Unis et dont le père a été décoré d'un Purple Heart pour avoir combattu les nazis [...] ne sont pas des Américains loyaux».  

Ted Deutch a rappelé la pire attaque antisémite perpétrée, en octobre, contre une synagogue à Pittsburgh, où 11 personnes ont été tuées «parce qu'elles étaient juives».  

Le président Trump est entré dans la polémique mercredi, jugeant «honteux» que les démocrates «ne prennent pas une position plus ferme contre l'antisémitisme».

Des démocrates lui ont répondu en rappelant ses propos équivoques après un rassemblement de néonazis à Charlottesville, en 2017. Une manifestante antiraciste avait été tuée par un néonazi qui avait foncé dans la foule en voiture.

L'organisation progressiste juive J-Street s'est dite «profondément inquiète face au langage dangereux» d'Ilhan Omar.  

Elle estime cependant «que la menace bien plus grande planant sur la communauté juive [...] vient de la recrudescence de l'ethno-nationalisme et du racisme que des forces à droite, y compris le président Trump, ont déchaînées ici et dans le monde entier».  

Jonathan Sarna, professeur d'histoire judéo-américaine à l'université Brandeis, perçoit dans ce débat interne une nouvelle «tension» venant du fait que «certains juifs, notamment de jeunes juifs, sont assez favorables aux politiques progressistes d'Ilhan Omar et d'autres nouveaux élus».

Avec La Presse