Mercredi, 11 decembre 2019 03:21:23

Les États-Unis ne considèrent plus les colonies israéliennes en Cisjordanie comme étant contraires au droit international, a annoncé lundi le chef de la diplomatie américaine, alors que ces occupations de territoires palestiniens sont jugées illégales par l'ONU et une grande partie de la communauté internationale.

« Après avoir examiné soigneusement tous les arguments de ce débat juridique », l'administration de Donald Trump conclut que « l'établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n'est pas en soi contraire au droit international », a dit Mike Pompeo devant la presse.

Cette décision pourrait être interprétée comme un coup de pouce au Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu, qui a proposé d'annexer une partie des colonies de Cisjordanie occupée, au moment où les partis israéliens mènent de difficiles tractations pour former un nouveau gouvernement.

Les colonies installées sur les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 sont jugées illégales par l'ONU, et une grande partie de la communauté internationale voit en elles un obstacle majeur à la paix.

La politique américaine s'appuyait jusqu'ici, au moins théoriquement, sur un avis juridique du département d'État remontant à 1978, selon lequel « l'établissement de colonies de population dans ces territoires n'était pas conforme au droit international ».

 
 

Mike Pompeo a donc décidé que cet avis était caduc. « La vérité, c'est qu'il n'y aura jamais de solution judiciaire au conflit, et que les débats sur qui a raison et qui a tort au regard du droit international n'apporteront pas la paix », a-t-il estimé, assurant qu'il ne s'agissait ni d'une ingérence dans la politique israélienne, ni d'un feu vert à la colonisation.

Cette décision est avant tout symbolique: si l'ancienne administration démocrate de Barack Obama condamnait la colonisation, le gouvernement républicain de Donald Trump s'était déjà montré depuis 2017 beaucoup plus souple sur cette question ultrasensible.

L'ambassadeur des États-Unis à Jérusalem David Friedman est allé jusqu'à estimer qu'Israël avait « le droit » d'annexer « une partie » de la Cisjordanie occupée. Et Mike Pompeo avait refusé en avril de dire si Washington s'opposerait à une éventuelle annexion des colonies de Cisjordanie par l'État hébreu.

L'administration Trump a déjà pris des décisions spectaculaires en rupture avec le consensus international et avec la tradition diplomatique américaine, en reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme capitale d'Israël et l'annexion du Golan syrien par l'État hébreu.

■ Les Palestiniens condamnent les déclarations américaines

Avec notre correspondante à Ramallah,Marine Vlahovic

Cette déclaration de Mike Pompeo est nulle et non avenue, selon l’Autorité palestinienne qui dénonce des propos en totale contradiction avec le droit international et des résolutions de l’ONU condamnant les colonies israéliennes.

Une fois de plus, l’administration américaine menace le système actuel, en cherchant à « remplacer le droit international par la loi de la jungle », déclare de son côté Saeb Erekat de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

D’une seule voix, les dirigeants palestiniens demandent à la communauté internationale de condamner ce comportement irresponsable. Alors que sur le terrain, la colonisation connait un bond sans précédent. Rien que pour Jérusalem-Est, La Paix maintenant a constaté une augmentation de 60% des permis de construire au cours deux premières années de la présidence Trump.

L’ONG israélienne anti-occupation condamne une « attaque directe contre la solution à deux-États » et une volonté délibérée d’ouvrir la voie à une intensification de la colonisation en vue de l’annexion des Territoires occupés.

Avec RFI