Jeudi, 25 février 2021 19:42:12

Le Vatican rendra publiques mardi les conclusions d'une enquête interne très attendue sur la prestigieuse carrière de l'ex-cardinal américain Theodore McCarrick, âgé de 90 ans, défroqué en 2019 après des d'accusations d'abus sexuels.

 "Le rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnel du Saint-Siège concernant l'ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick" sera publié mardi après-midi, a annoncé vendredi le porte-parole du Vatican.

Le 6 octobre 2018, le pape avait promis de livrer une enquête "approfondie" sur ce prélat qui termina sa carrière comme archevêque de Washington et fut particulièrement influent pour lever des fonds pour le Saint-Siège auprès de riches donateurs américains.

En annonçant cette enquête, François avait admis que cette plongée dans ses propres archives pourrait mettre en exergue des pratiques passées critiquables, allusion à l'omerta sur les abus sexuels et les abus de pouvoir, qui a prévalu dans la hiérarchie de l'Église durant des décennies.

Depuis lors, les associations de défense des victimes d'abus sexuels par des prêtres n'avaient de cesse de dénoncer la lenteur du Saint-Siège à publier le rapport.

Theodore McCarrick s'est vu retirer rapidement son titre de cardinal à l'été 2018, puis son statut de prêtre début 2019, à la suite d'une enquête sur une plainte jugée crédible, déposée par un homme qui avait 16 ans au moment des faits, à New York dans les années 70.

La sanction de le défroquer, prise par le pape François, avait été quasi inédite dans l'histoire de l'Église. Elle était intervenue juste avant un sommet inédit au Vatican consacré à la lutte contre les abus sexuels.

Un cardinal de l'archidiocèse de Newark, Joseph Tobin, avait évoqué pour sa part en juin 2019 trois autres cas d'abus sexuels commis cette fois sur des adultes, deux plaintes ayant débouché sur des règlements à l'amiable.

Une nouvelle plainte a aussi été déposée l'été dernier par un homme qui avait onze ans au moment des faits, ont indiqué ses avocats à la presse américaine.

Le rapport du Vatican dévoilé mardi constitue aussi une réponse tardive aux accusations virulentes du prélat italien Carlo Maria Vigano qui avait appelé le pape François à la démission en août 2018.

Cet ex-ambassadeur ultraconservateur du Vatican à Washington - devenu récemment un ardent partisan du président Donald Trump - avait accusé François d'avoir longtemps protégé l'ex-cardinal McCarrick, déjà à la retraite.

Selon lui, le prélat avait fait l'objet de signalements au Saint-Siège pour ses avances homosexuelles faites à des jeunes séminaristes et des prêtres adultes dans sa maison au bord de la mer.

L'Américain Theodore McCarricks sera passé de la gloire à la déchéance durant sa longue carrière .

Lorsqu'il devient évêque en 1977 à New York, l'année de ses 47 ans, il aurait déjà agressé sexuellement au moins un adolescent dans son diocèse. Mais sa victime ne dénoncera les faits que quatre décennies plus tard...

Né en 1930 à New York, ce brillant polyglotte ordonné "prêtre" en 1958, décroche un doctorat en sociologie et part à l'Université catholique de Porto Rico qu'il présidera. Il deviendra évêque à Metuchen (New Jersey), avant d'être promu "archevêque" de Newark dans le même État en 1986.

En novembre 2000, il est nommé au poste prestigieux d'archevêque de Washington, dans la capitale fédérale, qu'il occupera jusqu'à plus de 75 ans.

Couronnement suprême de sa carrière, le 21 février 2001, il est nommé "cardinal" par le pape Jean-Paul II, en même temps d'ailleurs que Jorge Bergoglio, le futur pape François.

 Il soutiendra en 2002 les mesures prises par l'épiscopat américain pour lutter contre les abus sexuels, comme les signalements à la justice. Officiellement retraité, il avait aussi longtemps continué à voyager dans le monde se targuant de missions diplomatiques pas toujours aussi officielles qu'il ne le prétendait.

L'annonce intervient le même jour que des sanctions contre un cardinal polonais de 97 ans, Henryk Gulbinowicz, interdisent vendredi par le Vatican d'exercer son ministère et d'utiliser les symboles d'évêque à la suite d'une enquête dont la nature n'a pas été précisée, mais qui porte, selon les médias, sur des abus sexuels présumés.

 

TVA Nouvelles