Dimanche, 24 janvier 2021 20:23:15

Alors que l'épidémie de coronavirus fait rage en Italie, avec plus de 4 600 cas et 197 décès enregistrés en l'espace de deux semaines, la cité du Vatican a confirmé vendredi avoir détecté son premier malade. Une personne prise en charge par le centre médical du micro-État, peut-on lire dans la presse transalpine, avant d'être transférée vers un hôpital de Rome pour y être soignée. Mais, depuis, aucune nouvelle sur l'état de santé du « contaminé » n'a filtré : le Vatican verrouille pour l'heure l'information.

Dans la cité-État (qui compte plus de 600 citoyens et quelques milliers d'employés extérieurs), la nouvelle ne surprend guère. « La majorité des gens qui travaillent au Vatican vit à Rome. Les allées et venues sont régulières. Et, avec ce qui se passe en Italie en ce moment, ce premier cas était inévitable et il pourrait y en avoir d'autres », confie avec calme un fonctionnaire de la cité papale.

Branle-bas de combat sanitaire

La nouvelle n'est pas prise à la légère par les autorités pontificales. Dès l'annonce du premier cas de Covid-19, c'est le branle-bas de combat sanitaire au Saint-Siège. « Des bureaux entiers ont été fermés pour être désinfectés », confie un jeune employé à la fin de sa journée de travail. Plusieurs personnes de la secrétairerie d'État (le gouvernement central) ayant été en contact avec le patient contaminé ont été testées dans la journée. Pour les autres, « on nous a demandé d'être plus vigilants et de bien appliquer les mesures déjà mises place en Italie, comme éviter les activités qui contreviendraient à la distance de sécurité à respecter (au moins un mètre entre les personnes), tousser dans son coude ou se nettoyer régulièrement les mains », explique un employé, sortant de sa poche un gel hydroalcoolique. « Je ne devrais pas le montrer comme ça, c'est devenu un produit rare, on n'en trouve plus dans les magasins maintenant », plaisante-t-il.

Les autorités sanitaires du Vatican ont aussi demandé à leurs citoyens et employés de limiter les déplacements et missions qui ne sont pas « strictement nécessaires ». La cité-État a annoncé vendredi la suspension – jusqu'à nouvel ordre – de l'accès aux riches archives vaticanes pour cause d'« opération d'assainissement ».

Depuis jeudi déjà, les universités gérées par le Saint-Siège se sont mises au diapason des facultés et écoles de toute l'Italie en fermant leurs portes jusqu'au 15 mars. Suivant également l'exemple transalpin pour éviter la propagation du virus, la basilique Saint-Pierre et l'église Sainte-Anne du Vatican ont dû faire quelques entorses aux règles du rite catholique. Les bénitiers ont ainsi été vidés, le « geste de paix » à la fin de la messe a été temporairement proscrit et l'hostie de la communion ne se dépose désormais plus sur la langue mais dans le creux de la main.

Coup de froid pour François

Pour autant, l'annonce du premier cas n'a pas provoqué de bouleversement immédiat dans l'agenda du pape, déjà tenu à l'écart de la foule ces derniers jours en raison d'un coup de froid. « Sans symptômes imputables à d'autres pathologies », avait-on dû préciser du côté du Saint-Siège pour couper court à la rumeur du souverain pontife contaminé par le coronavirus. François a tout de même dû renoncer à la retraite spirituelle du carême, organisée dans le sud de Rome.

Mais, afin d'éviter des rassemblements pouvant favoriser la propagation de l'épidémie entre les murs de la cité du Vatican, le pape argentin pourrait ne pas délivrer sa traditionnelle prière de l'Angélus, dimanche midi, depuis la fenêtre du palais apostolique. L'option d'une simple retransmission vidéo, à suivre en streaming sur Internet, serait ainsi retenue, avancent plusieurs médias italiens, prévenant ainsi la convergence de fidèles vers la place Saint-Pierre. Un choix également envisagé pour l'udienza generale (rencontre avec des pèlerins, chaque mercredi) de la semaine prochaine.

Inquiétudes pour Pâques

Le calendrier à venir devrait également donner quelques nouvelles sueurs froides au Saint-Siège et aux diocèses d'Italie. « Maintenant, Pâques approche et les pensées des évêques se tournent vers le 5 avril », souligne ainsi une journaliste d'Il Sussidiario. Allusion au dimanche des Rameaux qui marque le début de la semaine sainte, laquelle se terminera, comme il est de tradition, par la bénédiction papale « urbi et orbi », donnée devant une place Saint-Pierre généralement bondée de fidèles. « L'espoir est que, d'ici là, tout sera sous contrôle, mais le coronavirus pourrait aussi mettre en danger les célébrations de Pâques », poursuit l'article.

« Cette période de la semaine sainte, c'est vraiment un moment important pour les fidèles et aussi pour nous les commerçants. On sent bien que les autorités font tout ce qu'elles peuvent, mais, si la situation ne s'améliore pas d'ici là, ça va devenir très, très compliqué », explique un restaurateur installé aux abords de la cité-État.

Les touristes désertent

En effet, malgré le ciel bleu qui baigne la ville, les touristes ne sont pas légion sur la place Saint-Pierre. La célèbre file d'attente à l'entrée de la basilique, redoutée par les touristes, a aujourd'hui presque totalement disparu. « Je n'ai jamais vu ça à cette période », souligne un visiteur romain. « D'un côté, je suis content de faire découvrir cet endroit sans la foule, mais, de l'autre, je suis vraiment inquiet pour le tourisme et l'image de notre pays », poursuit-il.

 

Le Point