Dimanche, 24 janvier 2021 19:09:46

Confinés comme la moitié de l'humanité, des centaines de millions de chrétiens célèbrent dimanche la fête de Pâques dans des conditions jamais vues, sous l'hydre planétaire de la pandémie du nouveau coronavirus.

La Covid-19 a fait à ce jour plus de 107 000 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, un chiffre qui a doublé en un peu plus d'une semaine. Les États-Unis sont désormais le pays le plus touché, avec 527 000 cas recensés, le cap des 20 000 morts franchis samedi, selon un bilan de l'université Johns Hopkins.

«L’obscurité et la mort n’ont pas le dernier mot», a assuré le pape François dans une homélie prononcée samedi, à la veille de Pâques - fête la plus importante de la chrétienté - et de sa traditionnelle bénédiction «Urbi et Orbi», prononcée cette année, virus oblige, en mondovision et à l'intérieur d'une basilique Saint-Pierre désespérément vide.

«Espérance»

Églises désertées, cérémonies sans fidèles, messes sur écran... Ce week-end de Pâques, qui commémore la résurrection du Christ selon la tradition, se déroule dans des conditions totalement inédites, avec des images hallucinantes des monuments célèbres et grandes places dépeuplés partout sur la planète.

Le monde vit «des jours tristes», mais «nous pouvons et nous devons espérer», a déclaré le souverain pontife dans son homélie de veille de Pâques, voyant dans ce dimanche pascal «une annonce d'espérance».

«Faisons taire le cri de mort, ça suffit les guerres!» a-t-il également lancé, s'associant à l'appel lancé par l'ONU en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et mondial afin de préserver, face au coronavirus, les civils les plus vulnérables dans les pays en conflit.

À Jérusalem, pour la première fois en plus d'un siècle, le Saint-Sépulcre, où le Christ a été enterré selon la tradition chrétienne, est fermé au public durant tout le week-end. Une simple messe à huis clos y a été célébrée pour le Vendredi Saint.

S'en était trop pour certains fidèles: à San Marco in Lamis (sud-est de l'Italie), deux cents d'entre eux ont violé le confinement pour venir prier devant l'église, suscitant les plates excuses du maire local de n'avoir rien pu faire devant ces personnes qui «se sont mises à prier à genoux devant la Madone».

 

«Jours tranquilles» à Managua

Au Nicaragua, malgré la menace et l'opposition de l'église, le gouvernement sandiniste pousse au contraire à célébrer Pâques, encourageant les processions des «Judas» enchaînés. Le Nicaragua «vit des jours tranquilles» et célèbre «le sacrifice de Jésus-Christ qui a lutté pour la justice», a justifié la vice-présidente et première dame Rosario Murillo.

Aux États-Unis, New York, ville de loin la plus touchée outre-Atlantique et nouvel épicentre de la pandémie, n'en finit plus de compter ses morts - 8638 dimanche pour le seul État de New York. 

Des images filmées avec un drone par un média local montrent des dizaines de cercueils rudimentaires en cours d'inhumation dans une fosse commune de Hart Island, «l'île des morts» au nord-est du Bronx utilisée depuis le XIXe siècle pour inhumer les indigents.

Le maire de la ville, Bill de Blasio, a annoncé que les écoles publiques de la ville resteraient fermées jusqu'à la fin de l'année scolaire. Cela «aidera clairement à sauver des vies», a-t-il dit.

Le président Donald Trump l'a souligné vendredi: la décision de relâcher les mesures de distanciation et de confinement pour relancer l'économie des États-Unis sera «de loin la plus grande décision de ma vie», a-t-il souligné.

En Europe, jusqu'alors aux avants postes de la pandémie, l'Italie est en passe de dépasser les 20 000 morts, l'Espagne compte 16 353 décès. Les bilans de la pandémie se sont aggravés en France (plus de 13 800 morts) et au Royaume-Uni, où quelque 1000 personnes ont succombé en une journée dont un enfant de 11 ans, pour près de 10 000 morts au total.

La timide tendance à la baisse de la tension hospitalière dans plusieurs pays montre toutefois que le confinement commence à porter ses fruits. 

L'Espagne a ainsi annoncé samedi pour le troisième jour d'affilée une baisse du nombre de morts quotidien, avec 510 décès.

Campagnes africaines

Pour autant, les contacts des personnes âgées avec leur environnement en Europe vont devoir rester limités au moins jusqu'à la fin de l'année en raison de la pandémie, a averti la présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen.

La Turquie, qui déplore un millier de morts, a confiné 31 villes pendant tout le week-end, plongeant la mégapole Istanbul dans un silence insolite.

En Afrique, où près de 13 000 cas de covid-19 et près de 700 morts ont été enregistrés selon les chiffres officiels, «le virus se répand au-delà des grandes villes», s'est inquiétée la responsable de l'OMS pour le continent, la Dr Matshidiso Moeti, disant craindre «un nouveau front».

La Chine, où l'épidémie est globalement endiguée, a annoncé dimanche 97 nouveaux «cas importés» de contamination, principalement le fait de Chinois rentrant chez eux depuis l'étranger, un niveau jamais atteint depuis début mars et la publication de ce décompte.

Dans une tribune à la presse internationale, Bill Gates, l'archi-milliardaire américain devenu philanthrope a appelé à une réponse concertée, une «approche globale pour lutter contre cette maladie» et qui «devra certainement être adaptée à mesure que la pandémie évolue».

Homo festivus

Pendant ce temps, les humains confinés continuent chacun à sa manière de gérer l'épreuve de l'isolement et de la «distanciation sociale».

Un médecin américain, surnommé le «Tik Tok Doc» pour ses clips diffusés sur cette application de partage de vidéos tente ainsi de remonter le moral du personnel hospitalier en première ligne. Anesthésiste de 31 ans, Jason Campbell fait sourire des millions d'internautes avec ses chorégraphies comme le «corona foot shake» ou le «cha cha glissé».

À New York, comme dansant sur un volcan, des fêtards costumés en licorne géante et drag-queens se trémoussent depuis chez eux aux sons de DJ en ligne et clubs très branchés pour des soirées virtuelles, des «live» marathon - jusqu'à 10 heures de suite - sur Instagram, fréquentées par quelques stars. 

«C'est vraiment bizarre d'entendre les sirènes (d'ambulances) hurler toutes les cinq minutes près de mon bâtiment, de voir des gens emmenés sur des civières. C'est dur de penser à s'amuser et de mettre de la musique», confiait néanmoins un de ces noctambules d'internet.

Journal  de Montréal