Jeudi, 25 février 2021 20:40:49

PHOTOMONTAGE ASSOCIATED PRESS

La photo de gauche montre une manifestation contre le racisme le 7 juin 2020 à Pittsburgh. À droite, les partisans de Donald Trump écoutant son discours le 6 janvier 2021, avant l’assaut du Capitole, à Washington.

(New York) Manifestations de « Black Lives Matter » en 2020 : répression par des forces de l’ordre dans des dizaines de villes. Irritants chimiques. Balles en caoutchouc et combats au corps à corps avec des foules largement pacifiques et certains vandales et pillards. Plus de 14 000 arrestations.

Capitole des États-Unis, 6 janvier 2021 : à peine 90 d’arrestations. Plusieurs armes saisies, des engins explosifs improvisés trouvés. Des membres d’une foule déchaînée escortés hors des lieux, plusieurs sans être menottés.

La principale différence ? Les premiers manifestants étaient majoritairement des Noirs américains. Le deuxième groupe était composé à une écrasante majorité d’Américains blancs qui soutiennent les allégations sans fondement du président sortant Donald Trump de fraude électorale.

L’intrusion violente dans le Capitole par une foule insurrectionnelle mercredi représente l’une des manifestations les plus évidentes d’un double standard racial de l’histoire moderne et récente, selon plusieurs groupes et observateurs.

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Des policiers déplaçant sans les arrêter des manifestants dans la nuit suivant l’assaut du Capitole par des partisans pro-Trump, après le couvre-feu. le mercredi 6 janvier 2021.

« Lorsque les Noirs manifestent pour leur vie, nous sommes bien trop souvent accueillis par des troupes de la Garde nationale ou des policiers équipés de fusils d’assaut, de boucliers, de gaz lacrymogènes et de casques de combat », a déclaré la Black Lives Matter Global Network Foundation dans un communiqué.

« Lorsque les Blancs tentent un coup d’État, ils sont accueillis par un nombre insuffisant de membres des forces de l’ordre qui se montrent impuissants à intervenir, allant jusqu’à poser pour des “selfies” avec des terroristes », soutient l’organisation, faisant sans doute référence à des images ayant circulé notamment sur le site de CNN et semblant montrer un agent du Capitole posant avec un émeutier.

La condamnation large et bipartite de la foule insurrectionnelle est venue rapidement après qu’elle s’est introduite presque sans entrave pendant quelques heures dans l’édifice du Capitole, la salle du Sénat et le bureau du président de la Chambre. La situation a suscité des expressions de perplexité et d’incrédulité chez certains citoyens qui pensaient qu’un tel événement était impossible dans une démocratie aussi vénérée que celle des États-Unis.

Nouvelle élue à la Chambre des représentants à St. Louis, Cori Bush, qui faisait partie des manifestants ayant été en confrontation avec la police et les gardes nationaux en 2014 après que la police eut tué Michael Brown à Ferguson, Missouri, a déclaré à l’Associated Press que l’appartenance ethnique des émeutiers au Capitole avait joué un rôle important dans leur capacité à percer la forteresse du Congrès.

Si la foule avait été noire, « elle aurait été écrasée », a soutenu Mme Bush.

PHOTO LAWRENCE BRYANT, ARCHIVES REUTERS

Cori Bush, alors candidate à la Chambre des représentants, s’aspergeant les yeux d’eau après avoir été gazée le 5 juillet 2020 durant une manifestation contre la brutalité policière à Florissant, dans l’État du Missouri.

« Le fait est que ce sont ces mêmes personnes qui nous ont traités de terroristes », a poursuivi Mme Bush. « Drapeaux confédérés, ceux de “blue lives matter” (les vies des policiers comptent) et de Trump — tout cela symbolise la même chose. Cela symbolise le racisme et la suprématie blanche. »

La performance des forces de l’ordre au Capitole ne ressemblait guère aux lignes des gardes nationaux et des autres corps de police qui se sont rassemblés l’année dernière pour protéger les détaillants de marques de luxe contre le pillage, les bâtiments gouvernementaux contre les intrusions et les autoroutes contre les manifestants à travers le pays.

Rashad Robinson, président de Colour of Change, important groupe de défense de la justice raciale sur l’internet, a déclaré à l’AP qu’il voyait cela comme « un exemple clair de la façon dont le racisme fonctionne dans ce pays » et du fait qu’il existe « différents ensembles de règles et de résultats » en fonction de votre appartenance ethnique.

Bien que les évènements de mercredi au Capitole aient représenté l’une des attaques les plus alarmantes contre les institutions démocratiques de mémoire récente, il y a eu d’autres démonstrations ailleurs au pays. De présumés partisans de Trump ont forcé la cessation d’activités dans des édifices de la législature notamment en Géorgie, au Nouveau-Mexique et en Ohio.

La Presse