À Jérusalem, la traditionnelle « marche des drapeaux » se tient, ce jeudi 14 mai 2026, dans un climat de fortes tensions. Cette manifestation nationaliste d'extrême droite célèbre l'annexion par Israël de la partie orientale de la ville, majoritairement palestinienne, lors de la guerre de 1967. Mais ces trois dernières années, Israël a aussi profondément remodelé la carte autour de Jérusalem. Les responsables politiques les plus radicaux parlent désormais du projet de « Grand Jérusalem ».

Parmi les initiatives les plus emblématiques figure le projet E1, destiné à créer une continuité territoriale entre les colonies israéliennes et Jérusalem. Israël multiplie également les projets similaires dans toute la zone métropolitaine de Jérusalem, en territoire palestinien occupé. Un phénomène documenté par l'association israélienne de défense des droits humains Ir Amim, qui vient de publier un rapport à ce sujet. Sur le terrain, les effets de cette politique sont visibles jusque dans les environs de Bethléem, à seulement quelques kilomètres de Jérusalem.

Pour en comprendre les enjeux, il faut revenir au découpage issu des accords d'Oslo. La Cisjordanie est divisée en trois zones : les zones A, sous contrôle civil et militaire palestinien ; les zones B, sous administration mixte ; et les zones C, qui représentent environ 60 % du territoire et restent sous contrôle israélien direct. Palestiniens et colons israéliens y vivent côte à côte. 

« Le Grand Jérusalem, ils avancent petit à petit »

Selon Aviv Tatarsky, chercheur à Ir Amim, quatre nouvelles colonies ont récemment vu le jour autour de Jérusalem, notamment Mishmar Yehuda ou Yatziv. « Ce que nous montrons, c'est qu'il y a des étapes systématiques qui font partie d'un plan préétabli visant à s'approprier la zone C et à en chasser les Palestiniens, explique-t-il. Il y a des constructions de nouvelles colonies, l'extension des plus anciennes, la création d'avant-postes et des infrastructures qui vont avec, comme les routes. Et il y a également la violence d'État contre les Palestiniens, qui vise à les pousser a partir de la zone ciblée, par le biais de la démolition de maisons, de la violence de l'armée et du terrorisme des colons. »

Même constat du côté du village de Battir, près de Jérusalem, où Kamal, guide palestinien, décrit une pression permanente. « Je pense qu'il y a un plan, et ce plan c'est le Grand Jérusalem. Ils avancent ça petit à petit. Pas plus tard qu'hier, une maison a été détruite à Al-Khader. Et à Al-Walaja, ce sont trois ou quatre maisons qui ont été détruites au cours de ces derniers mois. Peut-être qu'elles n'avaient pas les bons permis… mais en réalité, quand vous demandez un permis, vous ne l'obtenez jamais », raconte-t-il.

Des villages palestiniens de plus en plus isolés

L'accès aux villages palestiniens est également devenu plus compliqué. Seize nouvelles barrières métalliques jaunes bloquent désormais les routes reliant les villes et villages palestiniens près de Jérusalem.

Pour Aviv Tatarsky, ces installations permettent à l'armée israélienne de fermer très rapidement des localités entières. « Cela signifie que chaque ville, chaque village, peut être fermé par l'armée israélienne d'une minute à l'autre, et les sorties interdites pendant de longues périodes. »

Kamal décrit une situation qu'il qualifie d'ubuesque : « Il y a une barrière, une porte finalement pour chaque village. On a l'impression d'être revenus au Moyen Âge. Quand j'appelle un ami, je lui dis : où peut-on se retrouver ? À la porte de la ville. »

L'ensemble de ces mesures vise à étendre la présence israélienne et à créer des enclaves palestiniennes sans continuité territoriale.

rfi

 

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